Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le salon de la mode

Le salon de la mode

Considérations sur l'habillement, la mode, le style.

Le colloque de l'Université de la mode

Le colloque de l'Université de la mode

Ça fait (juste) 6 ans que j'étudie à Lyon 2. Donc à peu près 6 ans que j'entends parler de l'Université de la mode et de tout les événements qu'elle propose : journées d'étude, café de la mode, colloques...

Cette année, un peu comme une bonne résolution accompagnant la création de ce blog, je me suis enfin motivé à assister au colloque de l'Université de la mode qui s'est tenu le 9 et 10 février à Lyon; une occasion de voir le grand amphi, qui pète la classe quand même.

Cette année le colloque se proposait de questionner la mode et ses/les frontières (identités, cultures, territoires). Je n'ai pas pu assister à l'intégralité du colloque, mais ce fut une expérience très intéressante. C'était vraiment super de trouver enfin un endroit, un événement, où des gens se questionnent sur des sujets qui m’intéresse depuis si longtemps sans trouver d'écho.

Je me propose donc de vous faire le résumé, totalement subjectif, des communications et des débats qui m'ont le plus intéressé et questionné. Je vais être honnête, le business, le marketing, l'aspect marchand en général de la mode ne m’intéresse pas vraiment, donc ces interventions ont moins retenu mon attention.

"L'est de Paris, c'est boboland" Ce que la mode fait aux identités citadines et au territoire ou la fabrique du Paris branché - Sophie Corbillé

Cette communication, que j'ai adoré, s'interessait aux bobos des quartiers nord-est de Paris. Ce mot, si souvent utilisé depuis sa création par David Brooks en l'an 2000, désigne ce que l'on appelle un sociostyle (cf. Bernard Cathelat), c'est à dire un groupe d'individus ayant le même mode de vie. Ils ont en commun des goûts, des comportements, et aussi parfois donc des lieux d'habitation, de vie et de culture. Si ce sociostyle nous interessait tout particulièrement c'est parce qu'il est particulièrement lié à une pratique vestimentaire. Car les bobos, c'est un groupe social, mais aussi un groupe de consommateurs. Pour ce qui est de l'habillement, la preuve en est , que certaines marques de prêt à porter sont associées à ce style, au point que leur implantation dans ces quartiers Est de Paris était la preuve ultime de leur boboisation.

Sait-on définir "bobo"? Pas vraiment, par contre on sait dire ce qui est bobo et ce qui ne l'est pas. Ce n'est pas souvent bienveillant... Il est utilisé à outrance de manière satyrique ou stigmatisante. Une caricature qui n'est pas sans rappeller les types de la presse du XIXème. C'est à dire ça :

 

 

Le colloque de l'Université de la mode
Le colloque de l'Université de la mode

Le bobo fréquente des lieux branchés, des lieux ou on vient pour voir mais aussi pour être vu. C'est le bon plan, the place to be. Ce sont des lieux instables, voués à changer.  Les bobos, fréquentent des lieux de prédilections, cela crée donc des frontières dans la ville mais aussi des liens à l'échelle internationale puisque ce sont des endroits qui prônent par exemple la lifestyle berlinoise ou brooklynoise (ça se dit ?).

Les bobos de Paris nous offrent donc un exemple de géographie symbolique et sociale. La ville est un lieu privilégié de l'expression de la mode, de la rivalité mimétique, des signes qui permettent la construction de soi. C'est aussi de ça que parlait la deuxième communication.

 

Ouvrages et auteurs cités lors de l'exposé et que j'ai eu le temps ou l'envie de noter, non exhaustif donc :

David Brooks, 2000, Bobos in Paradise: The New Upper Class and How They Got There

Clara et Florence Bamberger, 2013, De l'art d'être bobo

Cet article de Pierre Bourdieu et Yvette Dalsaut : http://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1975_num_1_1_2447

Honoré de Balzac, 1830, Le traité de la vie élégante

Jean Baudrillard

David Harvey

Bernard Cathela

La mode et la rue. Fashioning the street - Emilie Coutant

La rue a vu se developper une activité qui lui est toute particulière : observer les passants. On les juge, consciement ou non on s'en inspire, on se dit : Mais que lui est-il passé par la tête ce matin ... La ville : un lieu de représentation permanente. En ville c'est vrai, on croise des centaines de gens sans leur parler; le seul moyen de communiquer avec tout ces citadins, c'est donc nos vêtements. La ville : un jeu de regards, un jeu de mirroirs. La mode est un regard.

J'ai adoré cette intervention. Déjà parce que la meuf commence par de l'étymologie, et moi j'adore ça, l'étymologie. Modus, en latin signifie : manière, façon. La MODE dans sa définition moderne, désigne donc une façon de s'habiller et plus précisement une manière collective d'habillement. C'est aussi "façon" qui a donné fashion, dans la langue de Shakespeare.

La ville a toujours été intimement lié à la mode, la ville donne le la et on y trouve les plus grands couturiers. La mode façonne les rues, qui deviennent des places to be. Ces rues, ces quartiers, il faut y avoir été au moins une fois. Parce qu'elles hebergent des boutiques, des bars, des galleries, des musées. Certes, il y a des lieux de culture, mais la plupart de ces lieux branchés sont des lieux de consommation. Les individus se sentent attachés à ces lieux, ils ont un sens pour eux, ils sont fière d'y être (d'ailleurs ils s'y géolocalisent sur les réseaux sociaux). Ils permettent de façonner le soi (son soi ?).

La mode a une influence sur la rue MAIS la rue a aussi une influence sur les podiums. Emilie Coutant nous a donc dressé une petite histoire du street style.

Les frères Séeberger fondent en 1905 leur ateliers de photographie. Ils s'interessent à la vie mondaine pour le magazine La mode pratique. Ils photographient les élites, dans des galas, en vacances et leurs styles influencent les lecteurs.

 

Le colloque de l'Université de la mode
Le colloque de l'Université de la mode
Le colloque de l'Université de la mode

A la fin des année 70, Bill Cunningham, photographe pour le New York Times, prend des clichés dans les rues de Manhattan : il invente le street style moderne. On y voit, presque à la manière d'un reportage anthropologique de la tribu urbaine, une mode plus vivante, plus empathique.

Le colloque de l'Université de la mode

Ouvrages et auteurs cités lors de l'exposé et que j'ai eu le temps ou l'envie de noter, toujours pas exhaustif  :

Bernard Cathelat

Agnès Rocamora, dont pas mal d'articles sont disponibles sur le CAIRN.

Pour aller plus loin sur les frères Séeberger : http://www.bnf.fr/documents/dp_seeberger.pdf

Les street sapeurs

Il y a eu une table ronde avec Bénédicte Fabien (directrice stratégie et création chez Martine Leherpeur), Youssuf Fofana (créateur, Label Château Rouge), Sakina M'Sa (créatrice) autour des street sapeurs. Alors voilà, je ne connaissais pas du tout ce mouvement et j'étais râvie de m'instruire sur au moins un tout petit pan de la culture africaine et de découvrir des créateurs qui s'en inspirent.

J'ai appris ce qu'est le wax : c'est le nom du tissu à motifs colorés qu'on trouve en afrique sub-saharienne.

 

 

Le colloque de l'Université de la mode

Et j'ai surtout appris que ces motifs n'étaient pas purement décoratif mais qu'on s'en servait aussi pour faire passer des messages ! On nous a notamment présenté une tissu qui s’appelait : "si tu sors je sors". Comprendre : si tu me trompes, je te trompe. Je trouve le principe génial. Le vêtement a un sens, veut dire quelque chose mais un code aussi élaboré je trouve ça trop bien. ça me rappelle un peu les fleurs du corsage de la Dame aux camélias, dont elle prenait soin de changer la couleur selon si elle était disponible ou pas.

J'ai eu l'impression que les créateurs qui utilise le wax l'avait donc rendu vide de sens. J'ai remarqué par ailleurs que les t-shirts et autres hauts proposé par les créateurs présent ce jour là présentaient souvent une inscription, un statement. Comme si le symbole, la voie subtile, ne marchait plus et qu'on écrivait donc de manière frontale ce qu'on pense sur nos poitrines. Bref, parallèle intéressant.

Personnes citées durant la table ronde:

Les soeurs Quann

Willow Smith

Sarah Diouf

Stella Jean : www.stellajean.it/

Amah Ayivi

La mode sans le vêtement - Mariette Julien

Malheureusement l'intervenante n'a pas pu être présente, son texte a donc été lu. Il n'empêche que c'était très intéressant.

Le vêtement ne fait pas TOUTE la mode, le traitement de notre corps aussi subit les modes. Mariette Julien se proposait donc de dresser un panorama des modes récentes qui touchent nos corps et leur phanères (ongles, cheveux). Elle nous dit d'ailleurs que les modes concernant le corps ont beaucoup plus évolué que le vêtement.

L'épilation triomphe, dans cette culture hyper-sexualisé du voyeurisme. Le corps est un objet de fierté, alors on le montre. Chez les hommes, la pilosité du visage assumée nous montre un homme viril et authentique. Le crâne rasé lui, est lié au mouvement punk et d'une certaine manière à la violence. Il est un homme de poigne. Chez les femmes la tendance est au naturel en ce qui concerne le visage : les sourcils s'épaississent et les cheveux se font long et ondulés.

La couleur de cheveux semble toujours être porteuse d'une symbolique forte. Aussi, chez les femmes le rouge reste très prisé; symbole de la tentatrice.

Chez les hommes la couleur prend aussi, dans les cheveux mais aussi sur la barbe, preuve d'une certaine dérision envers ces éléments de virilité.

On note que la mode oscille entre la quête d'authenticité, de naturel, et un corps spectaculaire, tatoué, coloré.

Le colloque de l'Université de la mode

Deux autres communications m'ont particulièrement intéressées mais je n'en parlerai pas tout de suite car j'ai très envie d'en parler ultérieurement dans deux articles distinct. Il s'agit de la garde robe végan et du voile.

Je suis totalement conquise par le colloque de l'Université de la mode et j'espère aller à d'autres rendez-vous qu'elle propose prochainement. J'avais peur, bêtement, d'y aller, d'être entouré de gens méprisants, car spécialistes et pas moi. Bref, j'ai été stupide d'attendre aussi longtemps !

Si vous habitez Lyon et que vous voulez vous tenir au courant des conférences et autres cafés de la mode, vous pouvez suivre l'Université de la mode sur facebook.

Et vous qu'avez vous retenu de ces deux jours ? Pour ceux qui n'y était pas, j'espère que ces sujet vous ont intéressé. Si vous avez de la bibliographie à me proposer sur ces sujets ou sur la mode en générale, je suis preneuse !

Portez vous bien.

Laura.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article